Şiirler

Demain, dès l'aube …
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Victor HUGO (1802-1885), le 4 oct. 1847
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Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte,
Un oiseau, sur l'arbre qu'on voit,
Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille,
Cette paisible rumeur-là,
Vient de la ville.

- Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?

Paul VERLAINE (1844-1896) , Sagesse (1881)
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Chanson d'automne
Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

Paul VERLAINE, Poèmes saturniens, (1866).
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MON RÊVE FAMILIER
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

Paul VERLAINE : Mon rêve familier, Poèmes saturniens/melancholia VI (1866).
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(1) Il pleure dans mon cœur
(2) Comme il pleut sur la ville ;
(3) Quelle est cette langueur
(4) Qui pénètre mon cœur ?

(5) Ô bruit doux de la pluie
(6) Par terre et sur les toits !
(7) Pour un cœur qui s'ennuie
(8) Ô le chant de la pluie !

(9) Il pleure sans raison
(10) Dans ce cœur qui s'écœure.
(11) Quoi ! nulle trahison ?…
(12) Ce deuil est sans raison.

(13) C'est bien la pire peine
(14) De ne savoir pourquoi
(15) Sans amour et sans haine,
(16) Mon cœur a tant de peine.

Paul VERLAINE, Romances sans paroles (1874)
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Bonne justice
C'est la chaude loi des hommes
Du raisin ils font du vin
Du charbon ils font du feu
Des baisers ils font des hommes

C'est la dure loi des hommes
Se garder intact malgré
Les guerres et la misère
Malgré les dangers de mort

C'est la douce loi des hommes
De changer l'eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères

Une loi vieille et nouvelle
Qui va se perfectionnant
Du fond du cœur de l'enfant
Jusqu'à la raison suprême

Paul ELUARD (1895-1952), Capitale de la Douleur (1926)
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L'invitation au voyage
1. Mon enfant, ma soeur,
2. Songe à la douceur
3. D'aller là-bas
4. vivre ensemble!
5. Aimer à loisir,
6. Aimer et mourir
7. Au pays qui te ressemble!
8. Les soleils mouillés
9. De ces ciels brouillés
10. Pour mon esprit ont les charmes
11. Si mystérieux
12. De tes traîtres yeux,
13. Brillant à travers leurs larmes.

14. Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
15. Luxe, calme et volupté.

16. Des meubles luisants,
17. Polis par les ans,
18. Décoreraient notre chambre;
19. Les plus rares fleurs
20. Mêlant leurs odeurs
21. Aux vagues senteurs de l'ambre,
22. Les riches plafonds,
23. Les miroirs profonds,
24. La splendeur orientale,
25. Tout y parlerait
26. A l'âme en secret
27. Sa douce langue natale.

28. Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
29. Luxe, calme et volupté.

30. Vois sur ces canaux
31. Dormir ces vaisseaux
32. Dont l'humeur est vagabonde;
33. C'est pour assouvir
34. Ton moindre désir
35. Qu'ils viennent du bout du monde.
36. Les soleils couchants
37. Revêtent les champs,
38. Les canaux, la ville entière,
39. D'hyacinthe et d'or;
40. Le monde s'endort
41. Dans une chaude lumière.

42. Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
43. Luxe, calme et volupté.

Charles BAUDELAIRE, Les Fleurs du mal, "Spleen et idéal", LIII, (1857).
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La Musique
1. La musique souvent me prend comme une mer !
2. Vers ma pâle étoile,
3. Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
4. Je mets à la voile;

5. La poitrine en avant et les poumons gonflés
6. Comme de la toile,
7. J'escalade le dos des flots amoncelés
8. Que la nuit me voile;

9. Je sens vibrer en moi toutes les passions
10. D'un vaisseau qui souffre;
11. Le bon vent, la tempête et ses convulsions

12. Sur l'immense gouffre
13. Me bercent. —D'autres fois, calme plat, grand miroir
14. De mon désespoir !

Charles BAUDELAIRE, "La Musique", Les Fleurs du mal, LXIX (1857).
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Les sapins
Les sapins en bonnets pointus
De longues robes revêtus
Comme des astrologues
Saluent leurs frères abattus
Les bateaux qui sur le Rhin voguent

Dans les sept arts endoctrinés
Par les vieux sapins leurs aînés
Qui sont de grands poètes
Ils se savent prédestinés
À briller plus que des planètes

À briller doucement changés
En étoiles et enneigés
Aux Noëls bienheureuses
Fêtes des sapins ensongés
Aux longues branches langoureuses

Les sapins beaux musiciens
Chantent des noëls anciens
Au vent des soirs d'automne
Ou bien graves magiciens
Incantent le ciel quand il tonne

Des rangées de blancs chérubins
Remplacent l'hiver les sapins
Et balancent leurs ailes
L'été ce sont de grands rabbins
Ou bien de vieilles demoiselles

Sapins médecins divaguants
Ils vont offrant leurs bons onguents
Quand la montagne accouche
De temps en temps sous l'ouragan
Un vieux sapin geint et se couche

Guillaume APOLLINAIRE (1880 - 1918)
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Pont Mirabeau
(1) Sous le pont Mirabeau coule la Seine
(2) Et nos amours
(3) Faut-il qu'il m'en souvienne
(4) La joie venait toujours après la peine

(5) Vienne la nuit sonne l'heure
(6) Les jours s'en vont je demeure

(7) Les mains dans les mains restons face à face
(8) Tandis que sous
(9) Le pont de nos bras passe
(10) Des éternels regards l'onde si lasse

(11) Vienne la nuit sonne l'heure
(12) Les jours s'en vont je demeure

(13) L'amour s'en va comme cette eau courante
(14) L'amour s'en va
(15) Comme la vie est lente
(16) Et comme l'Espérance est violente

(17) Vienne la nuit sonne l'heure
(18) Les jours s'en vont je demeure

(19) Passe les jours et passent les semaines
(20) Ni le temps passé
(21) Ni les amours reviennent
(22) Sous le pont Mirabeau coule la Seine

(23) Vienne la nuit sonne l'heure
(24) Les jours s'en vont je demeure

Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918) (Alcools) (1913)
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Çeviriler: Mirabeau Köprüsü
MİRABEAU KÖPRÜSÜ
Mirabeau Köprüsü altında akan Seine
Akan sevdalarımız
Kısmete anmak mı düştü neden
Hiç gülmedi yüzüm ilkin üzülmeden

Gece gelir saat çalar
Günler var ki kaldım naçar

Eller ellerde yüzyüze kalalım da
Durmadan aksın dursun
Kollarımız altında
Yorgun ölümsüz bakışlar dalga dalga

Gece gelir saat çalar
Günler var ki kaldım naçar

Sevda geçer akan bu suyu andırır
Sevda gelir de geçer
Bazen yaşamak gibi ağır
Bazen umut gibi güçlü sarsıcıdır

Gece gelir saat çalar
Günler var ki kaldım naçar

Günler haftalar geçer ne gelir elden
Ne geçenden hayır var
Ne de geçip giden sevgililerden
Mirabeau köprüsü altında akan Seine

Gece gelir saat çalar
Günler var ki kaldım naçar

Guillaume APOLLINAIRE Çeviri: Necati CUMALI
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MİRABEAU KÖPRÜSÜ
Seine akar Mirabeau köprüsünden
Ve sevimiz
Olur mu ansımak hemen
Sevincimiz sonraydı hep üzüntüden

Gel ey gece çal saat sen
Geçiyor günler kalıyorum ben.

Yüzün yüzüme karşı, elin elimde olsun
Akarken
Köprüsünden kolumuzun
Ölümsüz bakışlar, dalgalar bunda yorgun

Gel ey gece çal saat sen
Geçiyor günler kalıyorum ben.

Geçip gider sevi bu akarsu gibi
Geçip gider sevi
Yaşantı bir ağır bir ağır ki
Ve umut da öylesine öylesine ezici

Gel ey gece çal saat sen
Geçiyor günler kalıyorum ben.

Günler geçer haftalar geçer
Ne geçen an
Ne o sevilir döner
Mirabeau köprüsünden Seine akıp gider.

Gel ey gece çal saat sen
Geçiyor günler kalıyorum ben.

Guillaume APOLLINAIRE Çeviri: Tahsin SARAÇ
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MİRABEAU KÖPRÜSÜ
Seine akıyor Mirabeau Köprüsü’nün altından
Ve şu bizim aşkımız
Olur mu durasın şimdi anımsamadan
Sevincin geldiğini ancak acının ardından

Çalsana saat insene ey gece
Günler geçiyor bense hep aynı yerde

Yüz yüze duralım böyle elin elimde kalsın
Ve aksın dursun
Sonsuz bakışlar dalgalar yorgun argın
Köprüsü altından kollarımızın

Çalsana saat insene ey gece
Günler geçiyor bense hep aynı yerde

Aşklar akıp gidiyor şu akarsu gibi
Akıp gidiyor aşklar
Hayat öyle durgun öyle yavaş ki
Ve umut nasıl zorlu nasıl depdeli

Çalsana saat insene ey gece
Günler geçiyor bense hep aynı yerde

Günler geçiyor günler haftalar yaman
Ve dönmüyor geri
Ne çıkıp giden aşklar ne geçen zaman
Seine akıyor Mirabeau Köprüsü’nün altından

Çalsana saat insene ey gece
Günler geçiyor bense hep aynı yerde

Guillaume APOLLINAIRE Çeviri: Cemal SÜREYA
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MİRABEAU KÖPRÜSÜ
Mirabeau köprüsünün altından Seine nehri akar
Ve bizim aşklarımız
Neşenin kederden sonra geldiğini
Hatırlamış olsam da ne çıkar

Çal ey saat gel ey gece
Günler gelip geçiyor
Bense olduğum yerde

Hep yüz yüze kalalım el ele tutuşların
Ahengine uyarak
Bir köprü kuralım ki kollarımız altından
Yorgun dalgası geçsin o sonsuz bakışların

Çal ey saat gel ey gece
Günler gelip geçiyor
Bense olduğum yerde

Aşk da gelir geçer bu akan su gibi
Aşk da gelir geçer
Hayatı gibi ağır biz insanların
Ve taştan daha sert umudu gibi

Çal ey saat gel ey gece
Günler gelip geçiyor
Bense olduğum yerde

Geçer günler geçer günler haftalar
Ama ne geçmiş zaman
Ve ne aşkların geri döneceği var
Mirabeau köprüsünün altından Seine nehri akar

Çal ey saat gel ey gece
Günler gelip geçiyor
Bense olduğum yerde

Guillaume APOLLINAIRE Çeviri: Ahmet NECDET